Jeux vidéo: une culture de la violence?
Une autre source de cette violence qui conduit aux tueries de masse pourrait être les jeux vidéo. Le lieutenant-colonel Dave Grossman, ancien professeur de West Point donne aujourd’hui des conférences ainsi que des cours pour la NRA (National Rifle Association). Comme tous les partisans de la NRA, Grossman pense que pour se protéger de ces tueries, il est essentiel que chaque citoyen ait une arme et qu’il puisse l’avoir avec lui à n’importe quel moment dans n’importe quel lieu. Ainsi, il explique que pour réduire ces massacres, il ne faut pas s’occuper du port d’armes mais des enfants qui deviennent de plus en plus violents, et cela à cause des jeux vidéo et des médias. Selon lui, ces derniers « fabriquent une génération de tueurs de masse ». Il explique ainsi que ces « jeux vidéo malades et films malades créent des enfants malades ». Ici, il faut prendre le mot « malades » au sens violents ou encore déviants. Il publie en 1999 le livre "Comment les jeux vidéo apprennent à nos enfants à tuer" qui présente les jeux vidéo comme cause principale de la déviance psychologique.
Mais il n’est pas le seul à diaboliser les jeux vidéo. Rappelons-nous de la palme d’or au Festival de Cannes de 2003, le film Elephant de Gus Van Sant. Ce film s’appuie sur la tuerie de masse qui s’est passée en 1999 à Colombine, où 12 élèves et un professeur ont trouvé la mort. Ce film présente la vie banale de lycéens jusqu’à ce que deux élève, Alex le souffre-douleur et Éric que personne ne veut écouter, préparent une fusillade. Dans ce film, le passage à l’acte des deux élèves peut s’expliquer tout d’abord par le fait qu’ils sont rejetés par les autres, mais aussi par l’influence des jeux vidéo sur la vie de ces adolescents, je pense surtout à la scène dans la chambre d’Alex où il joue à Doom, un jeu de massacre.
Dans un de ses discours, Dave Grossmann utilise un exemple allemand. En 2002, à Erfurt, Robert Steinhäuser fait 16 morts. Il était un joueur régulier de Counter-Strike, un jeu vidéo où deux groupes s’affrontent, l’un de terroristes essayant de commettre un acte de terreur (attentat à la bombe, prise d’otage) l’autre essayant de les en empêcher. Grossmann fait tout de suite le lien. Dans un entretien au journal suisse Horizons et débats, il déclare : "grâce au jeu, il s’entraînait par l’imagination à aller droit vers quelqu’un, à lui braquer un pistolet en plein visage et à appuyer plusieurs fois sur la gâchette. La police d’Erfurt a rapporté que certaines victimes n’étaient plus identifiables tellement elles étaient défigurées. Cela prouve bien que le jeune homme s’était entraîné ", affirme-t-il au journal suisse Horizons et débats.
Plusieurs cas de tueries de masse démontrent que les jeux vidéo violents sont une cause de la violence grandissante aux Etats-Unis, et ça les américains le savent. En 2012, deux parlementaires américains Joe Baca, démocrate, et Franck Wolf, républicain ont déposé une proposition de loi pour prévenir la violence dans les jeux vidéo et leurs dangers. Avec le Violence in Video Games Labeling Act, ils veulent imposer l’affichage du message « WARNING: Exposure to violent video games has been linked to aggressive behavior. » ce qui signifie « ATTENTION : l’exposition à des jeux violents a été associée à un comportement agressif ».
Mais pour certains, les jeux vidéo permettraient au contraire de réduire la violence et seraient un « bienfait ». Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des nouvelles technologies et des addictions, est de cet avis. Anders Behring Breivik, auteur de la tuerie d’Oslo du 22 juillet 2011 était "un adepte des jeux vidéo de guerre", selon TF1 et I-Télé. Il est vrai qu’il prétendait beaucoup jouer à des jeux tels que "World of Warcraft" et "Call of Duty : Modern Warfare 2" et utiliser ce dernier comme « entraînement ». Dans un entretien donné à L’OBS, madame Lalo explique : « Mais ce n'est pas le jeu vidéo qui mène à une telle tuerie. C'est dur de le diagnostiquer sans le rencontrer, mais Anders Behring Breivik apparaît comme quelqu'un d'extrêmement narcissique. Un narcissisme d'autant plus visible lorsqu'il demande une audience publique et le droit de porter un uniforme. De plus, par ses loisirs, il semble être fasciné par les armes, à rapprocher d'une notion de toute puissance, de contrôle absolu sur l'autre. » A la question du lien entre les jeux vidéo et la violence, elle réplique : « Non, le jeu vidéo ne rend pas violent. Une récente étude de l'Université du Texas montre même l'inverse : il y aurait un lien entre utilisation de jeux vidéo violents et une baisse du taux de criminalité aux États-Unis. Le jeu vidéo violent serait en fait utilisé comme un défouloir pour canaliser une violence interne. ». Mais elle confirme que « Le jeu vidéo peut poser problème dans le cas de personnes psychotiques ou instables, qui confondent réalité et virtuel. Mais, cela ne semble pas être le cas d'Anders Behring Breivik. ». Le jeu vidéo serait montré du doigt comme la cible idéale alors qu’il n’est pas la cause véritable de la brutalisation de certains individus.
Pourtant même si l’on considère que les jeux vidéo sont sources de violences et donc générateurs de tueurs de masse, le gouvernement a entrepris de développer un jeu vidéo destiné aux professeurs des écoles pour apprendre à réagir en cas d’attaque, car ces dernières années, un tiers des tueries de masse ont eu lieu dans des établissements scolaires. Ce projet très sérieux de stimulateur de situation d’urgence a été financé au prix de 5.6 millions de dollars. Il est pourtant critiqué car il permet aussi de jouer le rôle de l’assaillant, ainsi certains craignent que ce logiciel aide des personnes mal intentionnées à mieux préparer leurs attaques.
Une première version de ce jeu a été mis en ligne en juin mettant en scène une tuerie de masse dans un hôtel pour former les premiers secours. Vous pouvez y incarner les pompiers, les forces de l’ordre ou encore les secours.

Source de l'image: americaoutloud.com
Lieutenant-colonel Dave Grossman

Affiche pour le film de
Gus Van Sant
Source de l'image:
img.over-blog-kiwi.com

Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des nouvelles technologies et des addictions
Photo de Olivier Lambolez sur son site: vanessalalo.com
